Coordinateur: Th. Pottecher (SFAR)
Experts: F. Audibert (CNGOF), G. Aya (SFAR), F. Bayoumeu (Star), D. Benhamou (SFAR), G. Boehm (SFAR), P. Branchu (SFAR), B. Carbonne (CNGOF), H.J. Clément (SFAR), C. Douguet (SFAR), C. Dualé (SFAR), A.S. Ducloy-Bouthors (SFAR), P. Dufour (SFMP), M. Dreyfus (SFMP), D. Edouard (SFAR), A. Fournié (CNGOF), F. Goffinet (SFMP), E. Jacqz-Aigrin (SFP), J. Hustin (Anatomie pathologique), P. Lagier (SFAR), B. Langer (SFMP), A. Launoy (SFAR), P. Merviel (CNGOF), B. Moulin (Néphrologue), M. Palot (SFAR), F. Pierre (CNGOF), M. Raucoules (SFAR), P. Truffert (SFP), S. Uzan (CNGOF), B. Veber (SFAR)
Personnalités consultées: O. Pourrat (Poitiers), F. Weiss (Paris), J.B. Gouyon (Dijon), C. Nicaise (Marseille), C. Gire (Marseille). Relecteurs: Y. Aujard (SFP), P. Diemunsch (SFMP), G. Magnin (CNGOF), S. Marret (SFMP), C. Martin (SFAR), P. Ronco (Paris)
Remerciements: J.C. Otteni, (Strasbourg), N.E. Baka (Nancy), G. Pfrimmer, G. Kleinpeter, J. Mouric, G. Arenz (Strasbourg).
Les textes complets des travaux et interventions constituant le texte long de cette expertise collective initiée par la SFAR avec la collaboration du Collège National des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF), de la Société française de médecine périnatale (SFMP) et de la Société française de pédiatrie (SFP) sont regroupés dans un ouvrage de 260 pages édité chez Elsevier. ISBN 2-84299-235-0
La définition des désordres hypertensifs survenant au cours de la grossesse amène à distinguer plusieurs types datteintes.
Lhypertension artérielle gravidique (HTAG) se définit comme une hypertension (PAS > 140 mm Hg et/ou PAD > 90 mm Hg) isolée, sans protéinurie apparue à partir de la 20ème semaine daménorrhée (SA) en labsence dantécédent.
La prééclampsie (PE) associe à cette HTAG une protéinurie > à 300 mg/j ou > à 2 croix. Dans certains cas, la protéinurie peut manquer initialement, il est cependant licite de suspecter une PE devant une HTA de novo associée à lun ou lautre des signes suivants:
La PE sévère se définit soit par une hypertension grave (PAS > à 160 mm Hg et/ou PAD > 110 mm Hg), soit une HTAG telle que définie plus haut avec un ou plusieurs des signes suivants :
Les données permettant de préciser lincidence et les facteurs de risque de la PE sont relativement difficiles à analyser, en raison de linhomogénéité des données de la littérature. Environ 10 à 15% des nullipares et 3 à 5% des multipares vont développer une HTAG, une PE va survenir chez 3 à 7% des nullipares et 1 à 3% des multipares. Un certain nombre de facteurs de risque sont classiquement reconnus :
Sur le plan de lanatomie pathologique du placenta, il est admis quil nexiste pas de lésion pathognomonique : les anomalies observées sont de nature ischémique. Elles se présentent soit sous forme dinfarctus placentaire plus ou moins volumineux, soit sous forme de nécrose focale villositaire avec dépôts de fibrine. Ces lésions ne sont pas constantes et leur volume est variable. On admet que seule une nécrose excédant 30 à 40 % du volume placentaire peut induire une ischémie significative. Ces manifestations ischémiques sont secondaires à des troubles circulatoires maternels. En effet, en cas de PE, la vague dinvasion vasculaire throphoblastique du début du second trimestre est habituellement réduite ou absente. Il sensuit que les modifications physiologiques vasculaires sont incomplètes, inconstantes, voire absentes. Les artères utéroplacentaires sont plus fines que normalement et ont conservé une média, avec de ce fait un certain degré de contractilité. Ces artères utéroplacentaires sont souvent le siège dune athérose aiguë ; cette lésion très évocatrice ne peut être considérée comme pathognomonique car non systématique.
La réduction de loxygénation placentaire à trois effets primordiaux :
La sécrétion par le placenta ischémié de médiateurs actifs sur lendothélium vasculaire maternel est responsable des manifestations cliniques de la PE. Il a été montré in vitro que les cellules endothéliales de patientes prééclamptiques sont susceptibles de stimuler la production de fibronectine et de réduire la prolifération endothéliale, la production de NO et de prostacycline.
De très nombreuses médications ont été proposées pour prévenir la survenue de la PE chez la femme enceinte à risque.
Les données disponibles montrent une efficacité préventive de laspirine (100 à 150 mg/j) dès lors que :
Les autres thérapeutiques préventives (calcium, donneurs de NO, vitamines, lipides poly-insaturés) nont pas encore fait la preuve de leur efficacité.
Comme les médicaments utilisés dans le traitement de la PE sont nombreux, les risques pour la mère et surtout le ftus doivent être connus et évalués. Pendant la grossesse, lévolution des caractéristiques physiologiques maternelles, placentaires et ftales modifie de façon constante la disponibilité des médicaments chez la mère et dans lunité foeto-placentaire.
Chez la mère, la durée de vidange gastrique augmente alors que la motilité intestinale diminue. Le retentissement sur labsorption intestinale est variable, fonction des médicaments. La distribution dans lorganisme maternel est principalement altérée par les modifications du poids corporel, de la teneur en eau et des graisses de lorganisme. Les capacités du métabolisme hépatique semblent inchangées alors que lélimination rénale est progressivement accrue. Ainsi, de nombreux médicaments sont éliminés plus rapidement pendant la grossesse.
Le transfert placentaire de la plupart des médicaments seffectue par diffusion passive simple suivant le gradient des concentrations entre les circulations maternelle et ftale. Seule la fraction libre et non ionisée du médicament traverse les membranes.
Les agents envisagés ci-dessous ne constituent pas une liste exhaustive des médicaments utilisables dans ce contexte.
Quatre médicaments antihypertenseurs ont bénéficié récemment dune autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de la PE. Il sagit de la clonidine (Catapressan® ), de la nicardipine (Loxen® ), du labétalol (Trandate® ), avec lindication suivante : hypertension accompagnée dune atteinte viscérale menaçant le pronostic vital à court terme (urgence hypertensive), notamment lors de certaines prééclampsies graves mettant en jeu le pronostic vital maternel. La dihydralazine (Népressol® ) a lindication suivante : certaines prééclampsies graves mettant en jeu le pronostic vital maternel. En labsence de contre-indication, le Népressol® est administré en association à un bêtabloquant injectable. Sous Népressol® et sous Loxen® , lallaitement est possible.
Ladministration au long cours de benzodiazépines pendant la grossesse peut entraîner chez le nouveau-né une intoxication de sévérité et de durée variables (jusquà 15 jours) avec dépression respiratoire, troubles de la thermorégulation, difficulté de succion, hyporéactivité, hypotonie. Ces troubles peuvent être suivis dun syndrome de sevrage (hyperexcitabilité, trémulations, troubles digestifs à type de diarrhées ou de vomissements). Lallaitement par des mères traitées par une benzodiazépine (diazépam et midazolam) est déconseillé.
La pharmacologie du sulfate de magnésium sera envisagée dans le chapitre sur léclampsie.
Dans lespèce humaine, les données épidémiologiques ne mettent pas en évidence dassociation entre la prise daspirine au 1er trimestre et une augmentation du taux de malformations. Laspirine utilisée à doses élevées au cours du 3ème trimestre de la grossesse peut être responsable dune augmentation de la durée du travail et deffets ftaux, tels quune fermeture prématurée du canal artériel. La diminution de lagrégation plaquettaire saccompagne dun risque hémorragique, en particulier chez le prématuré. Plusieurs études ont montré que ladministration de faibles doses daspirine en fin de grossesse nexposait pas le nouveau-né à un risque hémorragique particulier.
En France, les héparines de bas poids moléculaire (HBPM) nont pas dAMM pendant la grossesse alors quEtats-Unis, elles sont recommandées en prophylaxie chez la femme enceinte.
2.4. Bromocriptine
La bromocriptine est un agoniste dopaminergique, de la famille des dérivés de lergot de seigle. Elle est administrée pour inhiber la lactation. En post-partum, des accidents graves ont été décrits : il sagit dhypertension artérielle, de convulsions, daccidents ischémiques (myocardiques et cérébraux) . En France, lindication de la bromocriptine pour linhibition de la lactation persiste, mais lHTAG sévère et la PE sont des contre-indications absolues à son administration.
Le caractère particulièrement imprévisible de lévolution et la rapidité potentielle de celle-ci font que la prise en charge dune PE non compliquée ne se conçoit en principe que dans le cadre dune hospitalisation.
Il convient dabord de faire le diagnostic de PE typique non compliquée. Ceci impose le choix du matériel de mesure de la PA. Il faut disposer dun brassard adapté au morphotype de la patiente. Le manomètre à colonne de mercure et la méthode auscultatoire constituent la référence. En général, la prise de pression est réalisée après un 1er repérage de la PAS par la palpation du pouls radial. Le niveau de PAD est celui pour lequel il y a disparition complète de tous les bruits. Le dégonflage du brassard doit être contrôlé et lent (2 mmHg par battement cardiaque). La mesure doit se faire au repos, si possible avec une bonne vision de la colonne de mercure. La patiente est assise ou demi-assise, bien calée, le bras dénudé, détendu et positionné à la hauteur du cur. En cas de doute, une mesure de contrôle doit être effectuée quelques heures plus tard.
Pour ce qui est de la protéinurie, comme des publications récentes ont mis en exergue les faiblesses du dépistage par les bandelettes, il faut privilégier la détermination de la protéinurie des 24 heures, plus contraignante mais plus précise.
Si lHTAG est suivie à domicile, la prise en charge de la PE est classiquement effectuée en hospitalisation. Il ny a pas détude probante, qui permette de défendre la prise en charge à domicile en ou ambulatoire de patientes prééclamptiques. Le travail en réseau est surtout important pour la détection des femmes à risque. Cest lapparition de signes dalerte cliniques ou biologiques, qui font penser au diagnostic de PE et conduisent à une hospitalisation précoce. Ce travail en réseau a été défini par la conférence de consensus du Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français qui propose les points suivants :
Une évaluation soigneuse de létat maternel et ftal est nécessaire pour distinguer les formes légères des formes sévères. Dans les premières, lexpectative est la règle jusquà 37 SA. Celle-ci nest autorisée que sous condition dune surveillance materno-ftale rigoureuse. Pour le ftus, lélément le plus important est lévaluation du retentissement de la PE en termes de RCIU (monitorage du rythme cardiaque, évaluation du score biophysique de Manning et examens Doppler). Lhématome rétroplacentaire (HRP) qui reste une complication gravissime pour la mère et lenfant doit être suspecté précocement. Le bénéfice des agents hypotenseurs dans les formes modérées de PE na pas été validé. Enfin, le risque dhypotension artérielle iatrogène, avec accroissement de lischémie placentaire, doit être pris en compte et une surveillance régulière de la PA au repos et en orthostatisme doit être organisée.
La prise en charge initiale des formes graves de PE peut se faire soit en préhospitalier (à domicile à loccasion dun accident aigu) soit dans un établissement hospitalier avec la perspective dun transfert. Quelles que soient les circonstances, la prise en charge initiale comporte trois étapes :
Lévaluation de létat clinique est basée sur lanamnèse et lexamen clinique qui permettent daffirmer le diagnostic de PE sévère et dappréhender le risque daggravation susceptible de compliquer létat maternel et ftal pendant le transfert.
Les mesures thérapeutiques permettant de stabiliser létat maternel avant le transfert comportent :
Le transfert est réalisé autant que possible chez une femme dont létat hémodynamique est stabilisé avec ftus in utero. La patiente est installée en décubitus latéral gauche, avec un apport doxygène par sonde nasale ou masque facial. Un abord veineux périphérique de qualité est disponible. Le monitorage de lélectrocardiogramme, de la pression artérielle et de loxymétrie pulsée est obligatoire.
La réglementation française régissant la prise en charge des grossesses à haut risque maternel identifié précise les moyens et les compétences nécessaires. Ils incluent pour la mère, une unité de soins continus dotée d'un personnel familier de la PE, un bloc opératoire, une salle de naissance, un gynécologue-obstétricien, un anesthésiste-réanimateur et un pédiatre rompus à cette pathologie ; un établissement de transfusion sanguine, un ou des laboratoires biologiques, un plateau d'imagerie médicale, un service de chirurgie viscérale, une réanimation dadultes pour la ventilation artificielle et/ou l'épuration extra-rénale sont nécessaires. Compte tenu des risques hémorragiques, lensemble des experts se prononce pour létablissement dun protocole de distribution en extrême urgence permettant lobtention des produits sanguins, avant le résultat de la recherche des agglutinines irrégulières comme cela a été établi dans certaines régions françaises. Pour l'enfant, une unité de réanimation néonatale, un plateau d'imagerie médicale et des laboratoires sont indispensables. Au total, on peut recommander le schéma dorganisation suivant :
Vasoconstriction, volume sanguin circulant inadéquat et tonus sympathique élevé sont les trois caractéristiques principales de la PE. Ces anomalies sont les cibles du traitement symptomatique de la maladie qui associe les vasodilatateurs et le remplissage vasculaire.
Le traitement antihypertenseur des formes graves de PE repose sur des médicaments vasodilatateurs injectables. Les principaux agents sont la dihydralazine, le labétalol et la nicardipine. Pour cette dernière, une perfusion dentretien est précédée dune titration en cas de poussée hypertensive sévère. En cas déchec ou dapparition dun effet secondaire, un second antihypertenseur peut être associé. Dans tous les cas, il est important de maintenir une PAM supérieure à 100 mm Hg (figure 1).
Figure 1 : Algoruthme de precription du traitement hypotenseur intraveineux (PAM : pression artérielle moyenne)
Le remplissage vasculaire est souvent nécessaire, en particulier en cas doligurie et pour prévenir les effets systémiques du traitement vasodilatateur. Le choix du soluté (cristalloïde ou albumine à 4%) dépend principalement de la protidémie. Le bénéfice du remplissage vasculaire systématique nest pas démontré. La plupart des auteurs recommandent une épreuve de remplissage modéré (500 mL de cristalloïde en 30 min) et soulignent la difficulté à évaluer correctement la volémie. Le risque ddème pulmonaire, par surcharge volémique et dysfonction ventriculaire, est réel, en particulier en post-partum.
De nombreuses complications respiratoires sont susceptibles de survenir. Il peut sagir dune atélectasie, dune surinfection ou dun dème pulmonaire. Lexistence dune degré variable ddème des voies aériennes supérieures peut rendre difficile lintubation et surtout lextubation.
Le monitorage cardiorespiratoire est indispensable à la prise en charge dune femme présentant une PE. La mesure semi-continue de la pression artérielle, une surveillance de lélectrocardiogramme et de loxymétrie de pouls sont incontournables. Pour évaluer la volémie et selon la gravité de la patiente, en labsence de rapport concernant lutilisation rationnelle des techniques ultrasonores, le cathétérisme artériel pulmonaire peut être nécessaire pour traiter une patiente avec dème pulmonaire, anurie ou hypertension artérielle résistante à la bithérapie (figure 2). Le cathétérisme artériel périphérique est utile pour une mesure précise de la PA et la possibilité de prélèvements sanguins itératifs.
Figure 2 : Algorithme de choix du monotorage cardiovasculaire au cours des formes graves de prééclampsie.
En post-partum, lhypertension artérielle et les dysfonctions viscérales régressent lentement, mais saggravent parfois après la délivrance ; ceci justifie la prolongation de la surveillance et ladaptation du traitement au cours de cette période qui peut durer de 2 à 3 jours. Cest au cours du post-partum que surviennent 70% des épisodes ddème pulmonaire, parfois favorisés par des apports hydro-sodés excessifs. Cette complication est mise en relation avec une redistribution vers le secteur vasculaire de la surcharge hydrosodée interstitielle, associée à une veinoconstriction adrenergique, un retard à la crise polyurique et à la baisse de la pression oncotique. En postpartum immédiat, le remplissage vasculaire doit donc être particulièrement prudent et les diurétiques peuvent être largement employés.
Après avoir recherché des troubles de lhémostase, la prévention de la thrombose veineuse doit être entreprise.
Léclampsie se définit comme la survenue, chez une patiente atteinte de PE, de convulsions et/ou de troubles de la conscience ne pouvant être rapportés à une autre cause neurologique. Dans les pays industrialisés, sa fréquence est comprise entre 27 et 56 / 100 000 naissances. En France, léclampsie est responsable de 2,2% des morts maternelles. Elle survient dans 30 % des cas dans le post-partum, et dans 50 % des cas avant la 37ème SA.
Les facteurs de risque sont principalement le jeune âge (< 20 ans) et le manque de surveillance prénatale. La céphalée, les troubles visuels, la survenue de douleurs épigastriques et des réflexes ostéotendineux vifs sont les seuls signes cliniques prédictifs. Lun deux au moins est retrouvé dans 85% des cas.
La tomodensimétrie et/ou lIRM ne sont pas nécessaires au diagnostic ou au traitement. Si elles savèrent indiquées, lIRM est plus performante. La crise éclamptique est le plus souvent liée à un vasospasme cérébral, lencéphalopathie hypertensive étant plus rare.
Le traitement, outre celui de lhypertension artérielle menaçante, repose sur la lutte contre le vasospasme cérébral et la neuroprotection. Au décours de la première crise, le sulfate de magnésium est le traitement de référence en prévention de la récidive. Les dihydropyridines sont une alternative davenir, dautant que la nicardipine peut être également utilisée comme antihypertenseur. Lassociation du magnésium et dune dihydropyridine peut entraîner une dépression neuromusculaire grave et la potentialisation des effets hypotenseurs ; elle nest envisageable quau prix dune surveillance accrue.
A la phase aiguë de la crise, une dose unique de diazépam ou de clonazépam est recommandée, sous couvert de lassurance dune ventilation efficace, et de linstauration au décours dun traitement préventif. La perspective dune intubation en séquence rapide et dune ventilation artificielle doit être envisagée à tout moment, notamment en cas de troubles respiratoires (effet des benzodiazépines ou du magnésium), ou pour conduire un traitement anticomitial plus agressif (Tableaux I et II).
Le traitement par sulfate de magnésium impose une surveillance spéciale : celle-ci comporte le monitorage de la fréquence respiratoire, de la diurèse et la recherche régulière des réflexes ostéo-tendineux. Le gluconate de calcium, qui est lantidote utilisable en cas de surdosage, doit être prêt à lemploi.
Lintérêt dun traitement préventif systématique en labsence de crise est discuté selon les circonstances. Le risque persistant en post-partum, la prévention ne doit pas être oubliée à ce stade.
|
Stade de la maladie |
PE légère |
Menace déclampsie |
Crise convulsive en cours |
|
Signes |
Absence dHTA maligne ou de signes neurologiques |
|
|
|
Recommandations |
Pas de traitement préventif |
Traitement préventif |
Traitement visant à limiter la souffrance neuronale |
|
Traitement de première intention |
|
|
|
|
Alternative |
|
|
Sulfate de Magnésium demblée (bolus 1-2 g iv) |
Tableau I : Principes de la thérapeutique initiale de l'éclampsie.
|
Stade de la maladie |
Décours immédiat de la crise |
Convulsions persistantes |
|
Recommandations |
Traitement préventif de la récidive dinstauration rapide, efficace sur le vasospasme cérébral |
Traitement visant à limiter la souffrance neuronale et efficace sur le vasospasme cérébral |
|
Traitement de première intention |
Sulfate de Magnésium 4g dans une perfusion de 15-20 minutes, puis infusion continue de 1 g/heure (poids > 70 kgs : 6g puis 2 g/heure). |
Clonazépam en infusion continue ou en bolus (1 mg/heure) après intubation en séquence rapide et ventilation contrôlée. Association au Sulfate de Magnésium recommandée. |
|
Alternative |
|
Autres anticomitiaux (thiopental, ). Association au Sulfate de Magnésium recommandée. |
|
Remarques |
En cas dassociation du magnésium et dune dihydropyridine (non recommandée), réduire les doses de chaque produit, surveillance en soins intensifs impérative. Traitement par magnésium = surveillance spécifique |
|
Tableau II : Modalités thérapeutiques pratiques secondaires
Alors que le volume sanguin total nest pas augmenté et que lactivité rénine plasmatique et la concentration dangiotensine II sont diminuées, il existe une diminution relative du flux plasmatique rénal et de la filtration glomérulaire. La protéinurie témoigne des lésions glomérulaires, elle est habituellement modérée, de lordre de 1 à 2 g par 24 h, elle nest pas toujours permanente au cours de lévolution de la PE. Cest un indicateur de mauvais pronostic à long terme en cas de protéinurie de rang néphrotique. Les dèmes sont habituels et non spécifiques, plus évocateur du diagnostic est leur augmentation rapide et leur présence au niveau des mains et de la face. Certaines formes de PE dites " sèches " voire des éclampsies peuvent survenir en labsence ddème. Loligurie est fréquente, pouvant évoluer vers lIRA dans les formes graves (HELLP, HRP). Chez une parturiente hypertendue, la survenue dune hyper uricémie (>350 µmol.L-1) est un élément très évocateur de PE, surtout lorsquelle précède la protéinurie.
Défini par la coexistence dune hémolyse, dune cytolyse hépatique et dune thrombopénie, le HELLP syndrome est une complication de la PE qui menace la mère et le ftus. Son diagnostic clinique est difficile car aucun symptôme nest pathognomonique et les différences avec la stéatose aiguë gravidique (SHAG) ne sont pas toujours tranchées. Le HELLP syndrome peut apparaître en post-partum (30% des cas) et en labsence de tout signe de PE (10 à 20% des cas). Son diagnostic biologique se fonde sur des anomalies dont les seuils doivent être bien définis ; lévolution des paramètres biologiques est un facteur majeur de diagnostic et de pronostic. La complication maternelle la plus redoutée est la rupture hépatique : une échographie doit être systématiquement réalisée pour rechercher un ou des hématomes intraparenchymateux hépatiques, les plus inquiétants étant ceux en position sous-capsulaire. La prise en charge dune patiente présentant un HELLP syndrome ne peut senvisager que dans une structure permettant une réanimation de lenfant (risque de grande prématurité) et de la mère. Le traitement du HELLP syndrome est linterruption de grossesse, par césarienne ou par voie vaginale selon les cas. En cas de grande prématurité (grossesse < 32 SA), une attitude plus " attentiste " peut se justifier, sous couvert dune corticothérapie à visée maternelle et ftale et dune surveillance stricte. Lévolution se fait en général vers la guérison complète en quelques jours après la terminaison de la grossesse.
L'hématome rétroplacentaire (HRP) complique 3 à 5% des PE sévères. C'est un accident de survenue brutale et le plus souvent imprévisible, dont la symptomatologie clinique est trompeuse : métrorragies isolées, souffrance ftale ou d'hypertonie-hypercinésie utérine. Les paramètres cliniques, biologiques et échographiques permettant de suspecter le risque dHRP sont l'hémoconcentration et l'apparition de Notch sur les dopplers utérins dans les semaines qui précédent l'accident et l'élévation des D-dimères et la tachycardie ftale dans les jours qui précédent l'accident. La césarienne permet de diminuer la mortalité périnatale (20 à 50%) dans les HRP avec enfant vivant. L'accouchement par voie basse est préconisé dans les HRP avec enfant mort, après correction de l'état de choc hémorragique, des anomalies de l'hémostase et de l'atonie utérine.
Les anomalies de l'hémostase de la PE sont associées aux formes sévères, précoces et compliquées de la maladie (Tableau III).
Cet ensemble d'anomalies de l'hémostase est un phénomène dynamique, variable dans le temps, parfois à l'échelle horaire et nécessite des bilans biologiques répétés.
Le traitement des anomalies de lhémostase de la PE se résume actuellement à lévacuation utérine et au traitement substitutif dans les formes avec manifestations hémorragiques cliniquement menaçantes.
|
Marqueurs |
FEMME NON ENCEINTE |
FEMME ENCEINTE |
PREECLAMPSIE SEVERE SANS RCIU, NI SIGNE DE SOUFFRANCE VISCERALE |
PREECLAMPSIE SEVERE AVEC RCIU OU SIGNES DISCHEMIE VISCERALE |
CIVD HEMORRAGIQUE ET FIBRINOLYTIQUE |
|
|
Activation physiologique de la coagulation sur lésion vasculaire |
Activation physiologique gravidique |
Activation pathologique de la coagulation compensée |
Activation pathologique de la coagulation décompensée |
Activation pathologique de la coagulation décompensée et dépassée |
|
|
Endothélium coagulolytique vasodilatateur, Sous-endothélium hémostatique vasospastique |
Augmentation des facteurs de coagulation, compensée par les inhibiteurs physiologiques Diminution de la fibrinolyse |
Lésion endothéliale, activation plaquettaire, excès de formation de thrombine, compensée par les inhibiteurs physiologiques |
Défaut (thrombophilie) ou dépassement des inhibiteurs physiologiques, microthrombose, microangiopathie, vasospasme, microischémie |
Consommation des facteurs de coagulation, excès de fibrinolyse, micro et macro-hémorragies |
|
Plaquettes |
|
|
|
|
|
|
TP (%) |
|
|
|
|
|
|
TCa (s) |
|
|
|
|
|
|
Fibrinogène (g/l) |
|
|
|
|
|
|
PDF (µg/ml) |
|
|
|
|
|
|
D-Dimères (µg/ml) |
|
|
|
|
|
|
Complexes solubles |
|
|
|
|
|
|
F II (%) |
|
|
|
|
|
|
F V (%) |
|
|
|
|
|
|
F VII+X (%) |
|
|
|
|
|
|
AT (%) |
|
|
|
|
|
Tableau III : Activation pathologique de l'hémostase
dans la prééclampsie
(AT : antithrombine)
Si la décision est aisée à lapproche du terme, la survenue précoce de la maladie impose la recherche du moins mauvais compromis. Depuis plusieurs années, certaines équipes prônent une expectative dans la PE sévère, sous couvert dune surveillance maternelle et foetale. Cette attitude, si elle apporte un bénéfice néonatal certain, expose à la survenue de complications maternelles (HELLP syndrome, HRP, éclampsie, OAP, CIVD, insuffisance rénale). Le principal souci de léquipe (obstétricien, anesthésiste-réanimateur, pédiatre) est de définir des critères dextraction foetale fiables, permettant la naissance denfants présentant le minimum de séquelles.
Trois paramètres sont essentiels pour juger le risque de morbidité foetale et néonatale : lâge gestationnel, lhypotrophie et la maturité pulmonaire. Dautres éléments viennent en ligne de compte : poids ftal estimé, désir des parents, corticothérapie effectuée ou non, antécédents, âge de la patiente. Dans les formes sévères, lextraction simpose sans retard après 34 SA. Auparavant, lexpectative est autorisée sous condition dune surveillance materno-foetale rigoureuse.
Pour autoriser une voie basse, il est nécessaire de tenir compte des critères maternels, ftaux et des modalités de laccouchement. Toutes les situations où létat maternel est dune grande instabilité, telles que lhémorragie, la détresse respiratoire nécessitant lintubation et la ventilation, léclampsie, la présence de signes neurologiques, lexistence dun hématome sous capsulaire du foie, contre-indiquent la tentative dinduction du travail. Pour le ftus, une première condition pour autoriser la voie basse, est labsence de signes dhypoxie ; le rythme cardiaque ftal et/ou le score biophysique doivent être satisfaisants.
Si le travail se déclenche spontanément, avec une présentation céphalique et de bonnes conditions locales, la voie basse peut être acceptée sous réserve dune surveillance très active, avec monitorage continu du rythme cardiaque ftal et éventuellement surveillance de léquilibre acido-basique ftal.
Si le travail ne se déclenche pas, la voie basse est dautant plus facilement envisageable que les conditions locales sont bonnes et que la grossesse est plus avancée en âge.
Les principes de la prise en charge anesthésique dune femme atteinte de PE grave sont les suivants :
La morbidité et la mortalité en cours dhospitalisation semblent essentiellement corrélées à lâge gestationnel et au RCIU. Les notions classiques de maturation accélérée par la PE ne sont pas retrouvées dans la plupart des études prenant en compte les différents facteurs pouvant influencer par eux-mêmes le pronostic néonatal. Les protocoles de prise en charge obstétricale ayant pour objectif la prolongation de la grossesse, sous couvert dune surveillance materno-ftale rigoureuse, dans des structures adaptées, permettent de réduire la mortalité et la morbidité néonatale. La corticothérapie anténatale a une place essentielle, en réduisant la mortalité et la morbidité lorsquelle est administrée au mieux 24 heures avant laccouchement. Lexistence danomalies hématologiques néonatales, en particulier la neutropénie, augmente le risque dinfection nosocomiale. Lindication dune extraction précoce doit tenir compte des résultats actualisés au niveau de chaque structure sans ignorer le risque, important à ce stade, dincapacité majeure. Un suivi spécifique et prolongé au sein de structures pluridisciplinaires doit permettre de valider les prises en charge périnatales de ces prématurés.
La question du pronostic et notamment du risque de récidive est primordiale pour la patiente et les médecins en charge de la surveillance des grossesses ultérieures. Ce risque est estimé inférieur à 10 % pour lensemble des patientes prééclamptiques. Toutefois il est particulièrement augmenté lorsque la première manifestation est apparue précocement : avant 28 SA, et que ses symptômes ont été sévères. Chez ces patientes, une pathologie rénale sous-jacente ou une hypertension artérielle essentielle ou secondaire est souvent mise en évidence (jusquà plus de 50% des cas dans certaines séries). Un bilan rénal complet, la recherche dune cause secondaire dhypertension artérielle et un bilan de thrombophilie doivent être mis en uvre dans le post-partum, parallèlement à la surveillance clinique. Un avis de synthèse doit être fourni à la patiente trois mois après la naissance de manière à préciser le risque des grossesses ultérieures. La biopsie rénale nest en général envisagée quen cas de persistance du syndrome urinaire au-delà de 6 mois, ou lorsquil existent des arguments pour une pathologie systémique sous-jacente.