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Service d’anesthésie-réanimation
Hôpital NORD - Marseille
En anesthésie-réanimation, il est fréquent d’avoir recours à une antibiothérapie probabiliste qui est débutée sans attendre l’identification de l’agent infectieux. Ce concept s’oppose à celui d’antibiothérapie documentée qui est adaptée et réalisée après l’obtention des résultats bactériologiques. Les données récentes de la littérature et les recommandations d’experts insistent sur la nécessaire précocité de cette prescription, tout particulièrement en cas de sepsis sévère et de choc septique [1-5]. Dans ces circonstances, il a été démontré que chaque heure de retard dans la prescription de l’antibiothérapie augmente de 7,6 % la mortalité [5]. Les autres indications d’une antibiothérapie probabiliste urgente concernent les syndromes infectieux qui touchent le sujet immunodéprimé, le patient splénectomisé et le vieillard. La survenue d’une pneumonie chez un patient non intubé représente une situation pour laquelle une antibiothérapie probabiliste est nécessaire mais non urgente.
L’antibiothérapie probabiliste n’est pas indiquée devant la survenue d’une fièvre inexpliquée bien tolérée. Il faut parfois savoir résister à la pression chirurgicale et prendre le temps de réaliser des prélèvements bactériologiques et d’évoquer une fièvre non bactérienne (virale, fongique) ou non infectieuse (inflammatoire ou centrale).
Devant un tableau infectieux associé à une défaillance viscérale (en particulier l’augmentation de la concentration des lactates sanguins), il faut débuter un traitement antibiotique probabiliste en urgence, dans la première heure. Ce concept a été développé en France au cours de la campagne « survivre au sepsis » [2].
En dehors du traitement symptomatique (réanimation hémodynamique, respiratoire, modulation de l’inflammation et de la coagulation…), deux mesures préalables sont indispensables : effectuer des prélèvements bactériologiques et déterminer la place des traitements non antibiotiques du sepsis en fonction de la porte d’entrée.
Les prélèvements bactériologiques sont pratiqués parallèlement à la recherche de la cause qui peut être évidente mais qui peut aussi nécessiter la pratique d’examens plus spécifiques (échographie, tomodensitométrie). Ils comprennent 2 hémocultures pratiquées juste avant l’institution de l’antibiothérapie probabiliste. Les autres prélèvements bactériologiques seront réalisés en fonction de la porte d’entrée (prélèvement pulmonaire, uroculture, ponction lombaire, prélèvement d’un écoulement purulent…).
La place d’autres traitements anti-infectieux est aussi une étape indispensable. Il s’agit en premier lieu, de l’évacuation instrumentale d’un foyer de suppuration. En effet, l’antibiothérapie ne remplace pas le drainage chirurgical ou percutané d’une collection abcédée, l’ablation d’un corps étranger ou de matériel infecté (y compris les cathéters intra-vasculaires). Dans le cas où un geste instrumental est indiqué, il est toujours précédé d’une première injection d’antibiotique.
Le traitement doit être rapidement actif. Le choix de l’antibiothérapie peut être orienté par l’examen direct des prélèvements bactériologiques. Cependant en réanimation, celui-ci ne doit pas retarder son administration, d’autant plus que la négativité de l’examen direct ne signe pas l’absence d’infection. Dans ces circonstances, ce sont les éléments liés au patient et à son environnement qui permettent de cibler l’antibiothérapie probabiliste vers une flore bactérienne soit de type communautaire soit de type nosocomiale.
Le risque d’infection plurimicrobienne associé à des bactéries multirésistantes (BMR) est fortement accru en cas d’infection nosocomiale (staphylocoque doré résistant à la méticilline et bactéries gram négatif). Dans ces conditions l’élargissement du spectre d’action de l’antibiothérapie ne peut être réalisé que par une association d’antibiotique. Les autres motifs habituellement avancés pour justifier une association sont une synergie des agents pour accroître la vitesse de bactéricide et la prévention de l’émergence de mutant résistant. Ils n’ont jamais pu être démontrés [6].
En pratique, une association d’antibiotique se justifie si l’on suspecte une infection à BMR (Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter ou à entérobactéries), ou lors de risque d’infection plurimicrobienne. Il en est de même chez un sujet ayant des comorbidités ou en choc septique. Ces associations auront toujours une durée limitée à 3 jours, en particulier pour les aminosides. Elle peut être exceptionnellement plus longue en cas d’infection à Pseudomonas aeruginosa.
Deux éléments de pharmacologie vont déterminer les modalités de prescription et d’administration de l’antibiothérapie. Le premier est la pharmacocinétique des antibiotiques, qui chez les patients de réanimation se caractérise par un accroissement du volume de distribution qui peut être associé à une clairance augmentée ou réduite en cas de défaillance rénale. Le second est la pharmacodynamie des antibiotiques, avec les notions de concentration et de temps dépendance. Ainsi les agents concentration dépendante (aminosides) sont des antibiotiques pour lesquels la vitesse de bactéricidie est directement fonction de la concentration au pic de la molécule. Ainsi pour ces antibiotiques, l’objectif est d’obtenir le pic de concentration le plus élevé. Ils différent des antibiotiques dits temps dépendant (bêtalactamines, glycopeptide) dont l’activité est définie par le temps pendant lequel leur concentration est supérieure à la concentration minimale inhibitrice (CMI) de la bactérie à traiter. Pour ces antibiotiques, le plus important est la dose totale journalière administrée. Celle-ci visant à obtenir des concentrations sanguines toujours supérieur à la CMI des bactéries à traiter. Dans ces circonstances l’utilité de la perfusion continue a été démontrée pour l’utilisation de la vancomycine et pour certaines bêtalactamines.
Toutes ces raisons, font que les risques de sous dosage sont importants et peuvent expliquer les échecs. Pour éviter cela, il faut toujours réaliser des doses de charge au début du traitement et utiliser les posologies maximales admissibles.
Enfin, l’antibiothérapie doit être réévaluée entre le deuxième et le troisième jour en fonction des résultats bactériologiques, l’objectif étant d’utiliser un antibiotique à spectre plus étroit.
Les recommandations proposées sont basées sur des avis d’experts [1,7-10]. Elles sont volontairement simplifiées et limitées aux sites les plus fréquents retrouvés en réanimation. Seule l’antibiothérapie probabiliste des formes graves est proposée.
[1] Société française d’anesthésie et de réanimation. Antibiothérapie probabiliste des états septiques graves. Conférence d’experts. Collection de la SFAR. Paris : Elsevier ; 2004.
[2] Dellinger RP & al. Surviving Sepsis Campaign: international guidelines for management of severe sepsis and septic shock: 2008. Crit Care Med. 2008; 36: 296-327.
[3] Ferrer R & al. Edusepsis Study Group. Effectiveness of treatments for severe sepsis: a prospective, multicenter, observational study. Am J Respir Crit Care Med.2009; 180(9):861-6
[4] Chterev V & al. Antibiothérapie probabiliste en réanimation. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris) Anesthésie-réanimation, 36-984-A-10, 2009.
[5] Kumar A & al. Duration of hypotension before initiation of effective antimicrobial therapy is the critical determinant of survival in human septic shock. Crit Care Med; 2006; 34(6):1589-96.
[6] Paul M & al. Beta lactam monotherapy versus beta lactam-aminoglycoside combination therapy for sepsis in immunocompetent patients: systematic review and meta-analysis of randomised trials. BMJ. 2004; 328:668.
[7] Prise en charge des infections des voies respiratoires basses de l’adulte immunocompétent. 15ème conférence de consensus en thérapeutique anti-infectieuse de la Société de pathologie infectieuse de langue française. Med Mal Infect.2006;36 :235-244.
[8] American Thoracic Society; Infectious Diseases Society of America. Guidelines for the management of adults with hospital-acquired, ventilator-associated, and healthcare-associated pneumonia. Am J Respir Crit Care Med. 2005; 171:388-416.
[9] Solomkin JS & al. Diagnosis and management of complicated intra-abdominal infection in adults and children: guidelines by the Surgical Infection Society and the Infectious Diseases Society of America. Clin Infect Dis. 2010; 50(2):133-64
[10] Prise en charge des méningites bactériennes aigues communautaires. 17ème conférence de consensus en thérapeutique anti-infectieuse de la Société de pathologie infectieuse de langue française. Med Mal Infect. 2009 Mar; 39(3):175-86
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